Transferts : derrière les records, un ordre clair



L’été 2017 a bien été celui de tous les records sur le marché des transferts : les nombreux bilans publiés depuis sa fermeture le 31 août abondent dans ce sens. En sept ans, les montants dépensés par les clubs des cinq championnats majeurs (Angleterre, Espagne, Italie, Allemagne et France) ont été multipliés par quatre pour avoisiner les six milliards d’euros annuels, et un net palier a été franchi cette année.

Les clubs de Premier League, spectaculairement enrichis par leurs contrats de droits TV, ont particulièrement contribué à cette inflation : ils dépensent plus que la Liga espagnole et la Bundesliga allemande réunies… L’écart aurait même été plus grand sans les investissements inhabituels du Paris Saint-Germain et de l’AC Milan à l’intersaison.

C’est justement à l’échelle des clubs, au sein des championnats et au niveau européen, que les déséquilibres sont les plus flagrants. À l’actuel système des transferts correspond une économie de la production et de la commercialisation des joueurs dans laquelle les clubs se spécialisent – certains au profit des autres. L’inflation des transferts coûte cher aux clubs les plus riches, mais elle renforce leur domination économique et sportive.

PARIS ET CITY, LA STRATÉGIE DU CHÉQUIER

Le Centre international d’économie du sport (CIES) a calculé le coût des 98 effectifs des cinq principaux championnats, c’est-à-dire le total des transferts qui ont été nécessaires pour constituer ces effectifs. Cette donnée est un indicateur (parmi d’autres) de la puissance économique des clubs [1], qui donne une idée assez explicite de la concentration des joueurs les plus chers au sein de quelque-uns d’entre eux.



La présence en tête de Manchester City et du Paris Saint-Germain, deux clubs qui ont choisi de forcer les portes du Gotha en consentant des recrutements très dispendieux, n’a rien d’une surprise. Six clubs de Premier League figurent dans le top 10, trois dans le top 4 : les formations anglaises sont devenues les acteurs dominants du marché. On note que Manchester United a presque autant dépensé que City et Paris pour former son effectif.

[cliquez sur l’image pour afficher le graphique avec les autres clubs français]

Les deux clubs allemands les mieux placés, le Bayern Munich et le Borussia Dortmund ne s’établissent qu’aux 11e et 16e rangs. Les Bavarois peuvent se sentir dépassés : trois clubs ont un effectif qui a coûté plus du double du leur. Cette position résulte pour partie de la culture locale, rétive aux recrutements très onéreux, qui profitait de la qualité de la formation locale et de liens privilégiés avec les viviers de l’Est. Mais c’est aussi le symptôme d’un déclassement des équipes phares de la Bundesliga, qui peinent ou se refusent encore (le peuvent-elles vraiment ?) à suivre le mouvement.

Cet été (ci-dessous), la plupart des grosses écuries européennes ont dépensé à perte, hormis Arsenal, la Juventus et le Real Madrid (voir plus bas). Le PSG, largement en tête de ce classement, est suivi par l’AC Milan qui a joué une sorte de va-tout en dépensant près de 250 millions d’euros. Dans un contexte de déclin relatif de la Serie A, le club récemment racheté par des investisseurs chinois veut rattraper son retard à marche forcée.

Deux promus anglais occupent les 8e et 10e places, ce qui résume la puissance de feu de la Premier League.


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ACHETEURS, VALORISATEURS, FORMATEURS

Le classement du coût des effectifs témoigne aussi des disparités des modèles de gestion des « actifs joueurs ». On peut schématiquement distinguer trois catégories de clubs.

Au sommet figurent les grands acheteurs qui financent leurs achats par des ressources externes : leur balance des transferts est négative et leur développement repose sur l’achat de grands joueurs ou de joueurs déjà très cotés – c’est-à-dire les plus convoités et les plus chers. Ils se singularisent par leur capacité à conserver leurs meilleurs joueurs, qu’ils accumulent comme un capital.

On trouve ensuite un statut intermédiaire de « clubs valorisateurs » qui doivent équilibrer ou compenser leurs investissements en réalisant des plus-values importantes sur des joueurs bien valorisés au cours de leur passage. Souvent dans la position de fournisseurs des équipes les plus riches, ces clubs trouvent dans leur aptitude à bien vendre une capacité d’investissement sur le marché des joueurs (d’où des valeurs d’effectifs parfois élevées). Mais ils doivent se résoudre à voir partir leurs tout meilleurs éléments et à recommencer leur travail de valorisation de joueurs.

En descendant dans la hiérarchie, ce modèle de valorisation se généralise, et se déplace en amont vers la formation, qui devient d’autant plus cruciale. Ce modèle de « clubs formateurs » est celui de la majorité des clubs français, qui comptent sur les revenus de la vente de leurs pépites. Ainsi du Stade rennais, qui a réalisé une bonne opération avec Ousmane Dembélé (transfert + bonus)… mais qui laisse quand même la meilleure part du gâteau à Dortmund.

LE TRADING DE JOUEURS, PLANCHE DE SALUT

Parmi les « clubs intermédiaires », certains prennent le parti de se spécialiser dans les transactions à forte marge, comme Monaco ou Porto, mêlant détection, formation et scouting. D’autres y sont contraints, malgré leurs ambitions, par leur place dans la hiérarchie économique : par exemple l’Olympique lyonnais, le SSC Napoli ou le Borussia Dortmund… qui a dû vendre Dembélé à Barcelone.



L’étude « The Player Trading Game » du cabinet KPMG propose une liste des vingt clubs ayant réalisé le plus de bénéfices sur leur activité de transferts sur les saisons 2014/15 et 2015/16 (ci-dessous). Six clubs français – le plus gros contingent – y figurent : Marseille, Monaco, Lyon, Lille, Saint-Étienne et Montpellier.





À l’été 2017, les balances des transferts les plus positives (ci-dessous) sont logiquement celles de Monaco et Dortmund, du fait des départs de Mbappé et Dembélé. L’OL, qui a vendu Alexandre Lacazette à Arsenal pour 53 millions d’euros hors bonus, complète le podium. Le Real Madrid fait un peu figure d’intrus dans ce classement, n’ayant pas effectué de recrutement spectaculaire. Les autres clubs sont ceux qui ont réalisé de bonnes opérations et présentent un solde nettement positif – dont trois italiens.

PRODUITS SPÉCULATIFS

Former ou valoriser des joueurs prend donc une dimension essentiellement financière. Les bénéfices sportifs attendus du travail de formation deviennent incertains, dans la mesure où les « clubs fournisseurs » ont moins le temps de profiter de leurs meilleurs éléments sur le terrain. Dembélé et Mbappé n’ont ainsi évolué qu’une saison en équipe première à Dortmund et Monaco. Ce que recèle l’inflation des transferts, c’est une hiérarchie de plus en plus discriminante, déterminée directement par la capacité d’investissement, et caractérisée par des relations de subordination.

La dérive inflationniste du marché des joueurs est aussi une dérive spéculative. La tierce propriété des joueurs par des fonds d’investissement, interdite par la FIFA en 2015, reste souvent contournée. La multiplication des prêts est érigée en système très rentable par des clubs comme Chelsea [2]. La multipropriété ou la filialisation de clubs permettent aux « maisons-mères » d’externaliser la formation et d’agir sur la valeur des footballeurs [3]. Avec pour résultat l’hypertrophie des effectifs, la confiscation de nombreux espoirs, le gâchis de quelques joueurs, et certaines carrières consistant plus à enchaîner de bons contrats qu’à réussir une trajectoire sportive.

Avec l’actuel système des transferts, les joueurs sont des placements, un capital très mobile et très spéculatif qui se négocie sur un marché par ailleurs très opaque. La logique sportive, déjà dépassée par la logique économique, l’est cette fois par une logique financière de plus en plus puissante, et de plus en plus inégalitaire. Là est le sens des records enregistrés cet été.


Photo FC Barcelone.
[1] Elle s’appuie sur une valeur de marché intéressante, celle des transferts réalisés. Elle ne correspond pas strictement à la valeur sportive de l’effectif, et est en quelque sorte « en retard » puisqu’elle ne prend pas en compte les variations de la valeur des joueurs depuis leur transfert.
[2] Chelsea compte cette saison 26 joueurs prêtés sur un effectif de 62. Au cours des trois dernières années, le club aréalisé 100 millions de livres de ventes sur treize joueurs ne comptant pas plus de dix apparitions sous son maillot (sept d’entre eux n’en ont même connu aucune).
[3] Ainsi de la galaxie Red Bull, comprenant des clubs (Salzbourg, Leipzig, New York) et des centres de formation, notamment au Brésil.



Des pains et du jeu

Après plus de 20 ans d’existence, les hooligans du club d’Anderlecht tentent de s’adapter aux évolutions du milieu et à une répression policière accrue.



Cet article est extrait du numéro « De l’autre côté du miroir ».

B-C-S. Pour les non-initiés, cet acronyme ne veut pas dire grand-chose. Mais dans le monde des supporters, des ultras et des hooligans, il suscite admiration pour certains, crainte ou mauvais souvenirs pour d’autres, et respect pour tout le monde. Car ces trois lettres évoquent un nom bien connu des bastonneurs de tous les stades d’Europe, celui d’une firme de hooligans qui a su imprimer sa marque sur le continent : le Brussels Casual Service, en activité depuis le début du second millénaire – la date exacte semble inconnue de tous. Ce clan réunit des supporters prêts à tout pour défendre les couleurs et l’honneur du Royal Sporting Club d’Anderlecht, ou RSCA, club le plus titré de Belgique, qui s’est distingué sur la scène continentale en remportant une Coupe des Coupes en 1976 contre West Ham, en 1978 contre l’Austria Vienne, ainsi qu’une Coupe de l’UEFA en 1983, après avoir vaincu Benfica en finale.

Ces exploits-là, les membres actuels du BCS ne les ont pas connus. Eux ont partagé le quotidien de leurs prédécesseurs du O-Side – appellation liée au positionnement de ces derniers dans le stade Constant Vanden Stock, au sein du secteur O – dans les années 1990. Ils y ont découvert un univers grisant, entre football, bagarres et picole, à distance raisonnable de la première ligne lors des affrontements contre des firmes rivales. Pour ces gamins, la magie opère sans attendre. « J’étais sublimé par cette ambiance masculine, il y avait l’excitation de lâcher un kick que je ne retrouvais pas dans la boxe que je pratiquais », se souvient Julien*, aujourd’hui l’un des cinq leaders des BCS. « J’ai grandi en me disant qu’un jour, je deviendrai le chef d’une bande de hools. »


À mesure que les bagarres se multiplient, la jeunesse du O-Side gagne en confiance et en expérience, jusqu’au tournant des années 2000. « Les O-Siders avaient vieilli, ils se déplaçaient moins, plusieurs de leurs membres voulaient tourner la page. Nous, on voulait toujours se battre et créer des incidents, on a donc décidé de monter notre propre groupe », se remémore Romain*, tatouages colorés et accent bruxellois prononcé, l’un des leaders de la firme avec Julien. Charge désormais au BCS d’honorer la réputation construite à coups de poing par leurs aînés et d’écrire sa propre histoire. La nouvelle génération de hooligans bruxellois s’émancipe, marque sa différence avec le O-Side, laissant de côté les signes d’appartenance au club d’Anderlecht pour un style casual venu d’Angleterre, histoire de passer incognito dans les rues.

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Cristiano Ronaldo entendu pour fraude fiscale 2017



Cristiano Ronaldo entendu pour fraude fiscale

FootballLa star du Real Madrid, soupçonnée d’avoir caché 14,7 millions d’euros au fisc espagnol, a comparu lundi devant la justice.

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La star du Real Madrid Cristiano Ronaldo est le dernier en date des footballeurs en délicatesse avec le fisc.

Son grand rival au FC Barcelone, l’Argentin Lionel Messi, avait été condamné pour fraude fiscale l’année dernière.

L’international portugais de 32 ans s’est présenté à 11h30 au tribunal de Pozuelo de Alarcon, commune la plus riche d’Espagne dans la banlieue de Madrid, où il réside comme beaucoup d’autres célébrités.



Il est entré en voiture par un garage sans parler à la presse mais une déclaration est attendue à sa sortie du tribunal.

Au cours de l’audition, la juge d’instruction doit lui notifier sa mise en examen pour fraude fiscale de 14,7 millions d’euros.

Ce rendez-vous judiciaire a fait manquer au quadruple ballon d’or le premier «clasico» amical entre son club le Real Madrid et le FC Barcelone, perdu 3-2 samedi à Miami par le champion d’Espagne en titre.

Le ministère public soupçonne la star du Real Madrid d’avoir utilisé un montage de sociétés basées à l’étranger – aux îles Vierges britanniques et en Irlande, où les taux d’imposition sont très bas – pour éviter de payer en Espagne des impôts sur les revenus de contrats publicitaires avec de grandes marques.

Possible amende de 28 millions

Selon le parquet, Cristiano Ronaldo, sportif le mieux payé au monde selon Forbes, a déclaré tardivement en 2014 – alors qu’il résidait en Espagne depuis 2009 – 11,5 millions d’euros de revenus d’origine espagnole pour la période comprise entre 2011 et 2014. Le parquet considère qu’ils s’élevaient en fait à 43 millions.

S’y ajoutent, toujours selon le ministère public, 28,4 millions d’euros qu’il aurait dissimulés au fisc pour la période 2015-2020.

Soit un total de 14,7 millions d’euros d’ardoise fiscale impayée.

S’il était poursuivi et condamné, Ronaldo risque «une amende d’au moins 28 millions d’euros» et une peine de jusqu’à trois ans et demi de prison, selon le syndicat Gestha des experts du ministère des Finances.

Lionel Messi a été condamné à une amende de 2,09 millions d’euros et une peine de 21 mois d’incarcération qui a été commuée en une amende supplémentaire de 252.000 euros: 400 euros par jour de prison.

Ces déboires avec la justice espagnole avaient fortement irrité Ronaldo qui aurait menacé de quitter le Real Madrid, selon la presse. Au point d’amener le président du Real Florentino Perez à vanter publiquement ses mérites, assurant qu’il était «le meilleur de nous tous», une façon sans doute de chercher à le retenir.

«CR7», meilleur buteur de l’histoire du Real Madrid où il est arrivé en 2009, aurait finalement renoncé à partir, selon l’entraîneur Zinédine Zidane.

Nombreux abus avec le fisc

Une fois sa mise en examen notifiée, Ronaldo pourra se consacrer à sa nouvelle saison, qui démarre le 5 août par l’entraînement au Real Madrid.

Il rejoint les rangs, déjà bien garnis, des personnalités du ballon rond qui ont maille à partir avec le fisc espagnol.

Le défenseur du Barça Javier Mascherano a été condamné comme Messi en 2016 mais l’offensive du fisc se porte aussi contre le Real.

Son ancien entraineur portugais José Mourinho et le défenseur Fabio Coentrao, sont accusés de fraude fiscale. L’Argentin Angel di Maria, qui évolue aujourd’hui au Paris Saint Germain, a été condamné à une amende de 1,3 million d’euros.

Et leur agent portugais, l’influent Jorge Mendes, a été mis en examen ce mois-ci pour avoir aidé l’attaquant colombien Radamel Falcao, à présent à Monaco, à frauder le fisc en Espagne. (afp/nxp)